

Nous avons terminé l’Acte III « Plancton », sous le signe du « grotesque », de la honte.
Honte de qui ? Honte de quoi?
Si ce dispositif n’arrive pas à aimer ce qu’il voulait aimer, ou à vivre ce qu’il prétendait vivre, peut-il finalement se montrer soi-même comme un amant échoué?
L’Acte IV, démarre avec ce paysage, cette narration en ruine, avec son obsolescence, et finalement c’est peut-être l’agonie du dispositif de l’amour qui se joue et qui tente de résister pour qu’advienne…
Dans « Le dernier Acte (celui de la mort) » la réécriture se poursuit, aussi improbable soit-elle, avec le mythe de Carmen et à l’aune du langage imagé de Shakespeare. Le présage de la mort, qui traverse souterrainement les trois premiers actes, devient ici tangible. Comme dans l’opéra de Bizet, ce dernier acte est celui du face à face avec la mort! / du face à face avec l’amour? Il y est question de la mort comme dénouement de l’amour, du cheminement qui y conduit, de l’expérience de chacun des protagonistes.
Toute la dramaturgie sera héritière de « La fête de la mort : la corrida ».
Le plateau sera pensé comme une arène.
Dans une première partie du processus de travail, le projet sera conçu progressivement autour d’une suite de « Solos Clandestins » qui vont nous servir à réactiver, réinterpréter, rétablir et finalement reconstruire une nouvelle mémoire, à reconstituer dans l’échange des dialogues les présages, les prédictions apparus dans les trois actes précédents.
Cette succession de « numéros de cabaret», de « solos » serviront d’interfaces aux protagonistes, pour créer des liens avec d’autres « présences ». Des « invités » qui vont participer à construire, selon nos imaginaires, certains éléments du puzzle.
Comme dans une « corrida », dans laquelle se rassemblent plusieurs « Matadors », diverses formes d’écriture et d’interprétation seront mises à l’épreuve pour évoquer la solitude face à la mort. Il pourrait y avoir des matadors et des fantômes, mais aussi des répliquants et des complices, qui créeraient à chaque apparition de nouveaux liens à l’intérieur de la dramaturgie de la pièce.
Une série de séquences courtes performatives, filmiques et sonores vont s’inscrire dans un protocole d’échanges, où nous allons convenir de certaines règles de jeu pour redistribuer le rôle de chaque intervenant. Les propositions seront autant d’« énigmes » à déchiffrer – en direct ou à distance. Ces propositions multiples vont entrer en dialogue avec certains rituels attenants à l’art de la corrida comme « El Sorteo », « El Paseillo », « La Lidia », « El Desplante », « La Estocade », « El Mano a mano », « El Quite » et… « La Mise à Mort ».
Les deux principaux protagonistes s’approchent vers le présage de la mort par différents chemins et, chacun, de manière autonome. Lui, va demander aux autres de se sacrifier et mourir à sa place. Elle, déjà morte, se prépare pour revenir à la vie. Ce double jeu de reflets va nous ouvrir la possibilité d’une deuxième chance, d’une alternative pour se retrouver! Comment altérer leur destin final? Comment favoriser la possibilité d’une vie renouvelée? Plusieurs portes d’entrée vont nous emmener vers des univers parfois sombres et contradictoires, rempli de doutes et de malentendus, mais dans lesquels il y aura toujours le doute d’un temps étendu et souligné où un grand air de fête pourrait être partagé.
Nous allons « encore et encore » insister sur le ton passionnel de notre opus « Carmen // Shakespeare », en sachant que la mort serait tout le temps très proche des actions menées par chacun des personnages. En sachant que jusqu’au dernier soupir – a priori le dernier soupir des plus intimes, celui qui nous appartient à tous – nous allons rester attentifs à la découverte de nouvelles pulsations, de nouvelles rythmiques, de nouvelles énergies silencieuses et se laisser surprendre aussi, par un premier contact avec l’autre, dès le premier regard.
Finalement nous allons faire « REWIND » et refaire « PLAY », « STOP », « ENCORE » pour nous lancer tous ensemble vers un futur qu’on ne connaît pas encore. Un futur qui a le pouvoir de révéler un possible « LÀ_bas », un rendez-vous ultime. Finalement, on peut peut-être imaginer, qu’à la fin de cette histoire, seulement, notre rencontre, la rencontre des protagonistes avec le public, est déjà sur une autre scène, « LÀ-bas »…
Carmen est-elle toujours là ? Seule ?
Shakespeare a-t-il réellement existé ? Seul ?
Les « machines audiovisuelles » et autres dispositifs de « mémoire » qui nous permettent de croire en la réalité ont-ils été abandonnés ?
Sont-ils aussi seuls ? Seuls face à quoi ?
La MORT ? NO, L’AMOUR !?
LE CHOEUR : Un plateau vide sous le soleil. Un écran éteint. Plus de trace de la machine. Les barrières font le tour de la scène, comme une arène, tous se préparent et s’échauffent pour la fête finale… the last show !
ELLE : Donc la phrase…
LUI : On avait celle de Shakespeare, n’est-ce pas ? « Il s’agit de créer un présage de mort »
ELLE : « Il s’agit de créer un présage de mort »
LUI : Je ne sais pas.
ELLE : Non, la phrase était : « I will be ready when the great day comes »
LUI : Prêt à quoi ? Tu comprends ?
ELLE : Oui, « Je serai prêt quand le grand jour arrivera », « Le jour merveilleux ».
LUI : « Je serai prête ». OK ?
ELLE : Mais on est en train de parler de la Mort, n’est-ce pas ?
LUI : Non, on est en train de parler de l’Amour.