Galerie Windsor Kulturgintza. BILBAO











LA BORDURE DU SENS
« Chêne Massif » parcours audiovisuel de Francisco Ruiz de Infante
Galerie Windsor Kulturgintza. Bilbao septembre-octobre 2000
Ici on se sent vraiment impliqué. Nous sommes tous victimes et coupables. Voici le reflet et le sentiment d’un artiste qui voit la réalité sociale de Euzkadi avec distance. Un artiste à qui son pays (le Pays Basque) le fait du mal.
« Chêne Massif / Haritz Hutsa » est une exposition avec laquelle Francisco Ruiz de Infante bouleverse l’agencement des espaces.
Pour commencer, la circulation de la galerie a changé. Vous entrez par une porte inhabituelle et l’autre a été fermée par un grand store. Déjà de l’extérieur, nous nous rendons compte que quelque chose s’est passé ou se passe dans les lieux.
Une fois le seuil de l’entrée franchi, le confort d’un canapé fait obstacle à l’inconfort visuel d’une forte lumière stroboscopique. Le clignotement permet à peine de lire un grand texte ophtalmologique écrit en basque et en espagnol, dont la typographie rouge et les lettres positives et négatives provoquent occasionnellement des éclairs chromatiques verts, manifestant un caractère symbolique clair (les couleurs du drapeau basque -vert/blanc/rouge-).
Le texte est une phrase du psychiatre français Eric Albert « Quand on ne donne pas de récompense à un rat, il apprend plus vite, s’adapte mieux, devient plus intelligent que les autres animaux de la cage. »
La visite se poursuit à travers un espace sombre qui nous oblige à percevoir avec une extrême attention. On entre dans la pièce au milieu d’une série de scènes et quelques autres obstacles, la disposition des éléments nous oblige à faire un voyage insolite.
La lumière est protagoniste dans la définition des différents espaces et dans l’articulation de l’ensemble.
Des photographies regroupées en séries ont été disposées sur les murs. En ayant un motif similaire et des traitements différents, les images nous proposent des possibles débats dialectiques.
Au centre de la salle, un peu voir une grande projection vidéo intitulée « Predator / Ratheraria » dans laquelle un chat mange lentement une souris. Le lieu sur cette image a été construit avec une clôture en bois avec des chaises à l’intérieur, où le spectateur peut observer la même scène à des rythmes différents. Comme s’il s’agissait d’un lieu pour l’apprentissage.
La vidéo nous oriente d’une apparente tendresse initiale, à un dégoût ultérieur.
L’œuvre de Ruiz de Infante vous guide et vous oblige à voyager dans l’obscurité. Cela ne peut laisser indifférent personne. Le spectateur se retrouve mal protégé, dans un espace inhospitalier qui le provoque et l’entoure, lui offrant des rencontres troublantes et des questions de sens.
La vie est un processus d’expériences inachevées, coulant continuellement, éphémères, fragiles, comme la mémoire qui les rappelle.
L’artiste plonge dans la réalité sociale, comme s’il s’agissait d’une fiction. Quand on s’arrête pour percevoir attentivement, on peut parler ici d’une situation enchevêtrée, complexe, tenace et presque têtue, que chacun de nous doit révéler en trouvant dans sa mémoire ses propres complicités.
Dominant le champ du vu et du non-vu, Ruiz de Infante crée l’inquiétude, entretient le mystère et élargit la perception. À travers la lumière et le son, il nous conduit à une expérience qui dure dans le temps, provocant des sensations enchaînées et des réflexions à double bordure.
(Extraits d’un article de Xabier Saenz de Gorbea dans le journal Diario Deia Bilbao du 29/09/2000)















